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Верлен Поль - Oeuvres complètes de Paul Verlaine, Vol. 1, Страница 9

Верлен Поль - Oeuvres complètes de Paul Verlaine, Vol. 1


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>   Et je serai,
   Sous sa voix toujours douce à votre ennui qui bêle,
   Je serai, moi, par vos chemins, son chien fidèle.
  
  Note 3: (retour) DANTE, le Purgatoire.
  
   XIII
  
   L'êchelonnement des haies
   Moutonne à l'infini, mer
   Claire dans le brouillard clair
   Qui sent bon les jeunes baies.
   Des arbres et des moulins
   Sont lêgers sous le vert tendre
   Où vient s'êbattre et s'êtendre
   L'agilitê des poulains.
   Dans ce vague d'un Dimanche
   Voici se jouer aussi
   De grandes brebis aussi
   Douces que leur laine blanche.
   Tout à l'heure dêferlait
   L'onde, roulêe en volutes,
   De cloches comme des flûtes
   Dans le ciel comme du lait.
  
   XIV
  
   L'immensitê de l'humanitê,
   Le temps passê vivace et bon père,
   Une entreprise à jamais prospère:
   Quelle puissante et calme citê!
   Il semble ici qu'on vit dans l'histoire,
   Tout est plus fort que l'homme d'un jour,
   De lourds rideaux d'atmosphère noire
   Font richement la nuit alentour.
   O civilisês que civilise
   L'Ordre obêi, le Respect sacrê!
   O dans ce champ si bien prêparê
   Cette moisson de la Seule Eglise!
  
   XV
  
   La mer est plus belle
   Que les cathêdrales,
   Nourrice fidèle,
   Berceuse de râles,
   La mer qui prie
   La Vierge Marie!
   Elle a tous les dons
   Terribles et doux.
   J'entends ses pardons
   Gronder ses courroux.
   Cette immensitê
   N'a rien d'entêtê.
   O! si patiente,
   Même quand mêchante!
   Un souffle ami hante
   La vague, et nous chante:
   "Vous sans espêrance,
   Mourez sans souffrance!"
   Et puis sous les cieux
   Qui s'y rient plus clairs,
   Elle a des airs bleus,
   Rosês, gris et verts...
   Plus belle que tous,
   Meilleure que nous!
  
   XVI
  
   La "grande ville". Un tas criard de pierres blanches
   Où rage le soleil comme en pays conquis.
   Tous les vices ont leur tanière, les exquis
   Et les hideux, dans ce dêsert de pierres blanches.
   Des odeurs! Des bruits vains! Où que vague le coeur,
   Toujours ce poudroiement vertigineux de sable,
   Toujours ce remuement de la chose coupable
   Dans cette solitude où s'êcoeure le coeur!
   De près, de loin, le Sage aura sa thêbaïde
   Parmi le fade ennui qui monte de ceci,
   D'autant plus âpre et plus sanctifiante aussi
   Que deux parts de son âme y pleurent, dans ce vide!
  
   XVII
  
   Toutes les amours de la terre
   Laissant au coeur du dêlêtère
   Et de l'affreusement amer,
   Fraternelles et conjugales,
   Paternelles et filiales,
   Civiques et nationales,
   Les charnelles, les idêales,
   Toutes ont la guêpe et le ver.
   La mort prend ton père et ta mère,
   Ton frère trahira son frère,
   Ta femme flaire un autre êpoux,
   Ton enfant, on te l'aliène,
   Ton peuple, il se pille ou s'enchaîne
   Et l'êtranger y pond sa haine,
   Ta chair s'irrite et tourne obscène,
   Ton âme flue en rêves fous.
   Mais, dit Jêsus, aime, n'importe!
   Puis de toute illusion morte
   Fais un cortège, forme un choeur,
   Va devant, tel aux champs le pâtre,
   Tel le coryphêe au thêâtre,
   Tel le vrai prêtre ou l'idolâtre,
   Tels les grands-parents près de l'âtre,
   Oui, que devant aille ton coeur!
   Et que toutes ces voix dolentes
   S'êlèvent rapides ou lentes,
   Aigres ou douces, composant
   A la gloire de Ma souffrance
   Instrument de ta dêlivrance,
   Condiment de ton espêrance
   Et mets de la propre navrance.
   L'hymne qui te sied à prêsent!
  
   XVIII
  
   Sainte Thêrèse veut que la Pauvretê soit
   La reine d'ici-bas, et littêralement!
   Elle dit peu de mots de ce gouvernement
   Et ne s'arrête point aux dêtails de surcroît;
   Mais le Point, à son sens, celui qu'il faut qu'on voie
   Et croie, est ceci dont elle la complimente:
   Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente,
   Puis le pauvre-de-coeur dêcide et suit sa voie.
   Qui l'en empêchera? De voeux il n'en a plus
   Que celui d'être un jour au nombre des êlus,
   Tout-puissant serviteur, tout-puissant souverain,
   Prodigue et dêdaigneux, sur tous, des choses eues,
   Mais accumulateur des seules choses sues,
   De quel si fier sujet, et libre, quelle reine!
  
   XIX
  
   Parisien, mon frère à jamais êtonnê,
   Montons sur la colline où le soleil est nê
   Si glorieux qu'il fait comprendre l'idolâtre,
   Sous cette perspective inconnue au thêâtre,
   D'arbres au vent et de poussière d'ombre et d'or.
   Montons. Il est si frais encor, montons encor.
   Là! nous voilà placês comme dans une "loge
   De face", et le dêcor vraiment tire un êloge.
   La cathêdrale ênorme et le beffroi sans fin,
   Ces toits de tuile sous ces verdures, le vain
   Appareil des remparts pompeux et grands quand même,
   Ces clochers, cette tour, ces autres, sur l'or blême
   Des nuages à l'ouest rêverbêrant l'or dur
   De derrière chez nous, tous ces lourds joyaux sur
   Ces ouates, n'est-ce pas, l'êcrin vaut le voyage,
   Et c'est ce qu'on peut dire un brin de paysage?
   -Mais descendons, si ce n'est pas trop abuser
   De vos pieds las, à fin seule de reposer
   Vos yeux qui n'ont jamais rien vu que Montmartre,
   -"Campagne" vert de plaie et ville blanc de dartre
   (Et les sombres parfums qui grimpent de Pantin!)-
   Donc, par ce lent sentier de rosêe et de thym,
   Cheminons vers la ville au long de la rivière,
   Sous les frais peupliers, dans la fine lumière.
   L'une des portes ouvre une rue, entrons-y.
   Aussi bien, c'est le point qu'il faut, l'endroit choisi:
   Si blanches, les maisons anciennes, si bien faites,
   Point hautes, èa et là des bronches sur leurs faîtes,
   Si doux et sinueux le cours de ces maisons,
   Comme un ruisseau parmi de vagues frondaisons,
   Profilant la lumière et l'ombre en broderies
   Au lieu du long ennui de vos haussmanneries,
   Et si gentil l'accent qui confine au patois
   De ces passants naïfs avec leurs yeux matois!...
   Des places ivres d'air et de cris d'hirondelles
   Où l'histoire proteste en formules fidèles
   A la crête des toits comme au fer des balcons,
   Des portes ne tournant qu'à regret sur leurs gonds,
   Jalouses de garder l'honneur et la famille...
   Ici tout vit et meurt calme, rien ne fourmille,
   Le "Thêâtre" fait four, et ce dieu des brouillons.
   Le "Journal" n'en est plus à compter ses bouillons,
   L'amour même prêtend conserver ses noblesses
   Et le vice se gobe en de rares drôlesses.
   Enfin rien de Paris, mon frère "dans nos murs".
   Que les modes... d'hier, et que les fruits bien mûrs
   De ce fameux progrès que vous mangez en herbe.
   Du reste on vit à l'aise. Une chère superbe,
   La raison raisonnable et l'esprit des aïeux,
   Beaucoup de sain travail, quelques loisirs joyeux,
   Et ce besoin d'avoir peur de la grande route!
   Avouez, la province est bonne, somme toute,
   Et vous regrettez moins que tantôt la "splendeur"
   Du vieux monstre, et son pouls fêbrile, et cette odeur!
  
   XX
  
   C'est la fête du blê, c'est la fête du pain
   Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses!
   Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain
   De lumière si blanc que les ombres sont roses.
   L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux
   Dont l'êclair plonge, et va luire, et se rêverbère.
   La plaine, tout au loin couverte de travaux,
   Change de face à chaque instant, gaie et sêvère.
   Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement
   Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres,
   Et qui travaille encore imperturbablement
   A gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.
   Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,
   Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne
   L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin.
   Moissonneurs, vendangeurs là-bas votre heure est bonne!
   Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,
   Fruit de la force humaine en tous lieux rêpartie,
   Dieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins
   La Chair et le Sang pour le calice et l'hostie!
  
   JADIS ET NAGUÈRE
  
   JADIS
  
   PROLOGUE
  
   En route, mauvaise troupe!
   Partez, mes enfants perdus!
   Ces loisirs vous êtaient dus!
   La Chimère tend sa croupe.
   Partez, grimpês sur son dos,
   Comme essaime un vol de rêves
   D'un malade dans les brèves
   Fleurs vagues de ses rideaux.
   Ma main tiède qui s'agite
   Faible encore, mais enfin
   Sans fièvre, et qui ne palpite
   Plus que d'un effort divin,
   Ma main vous bênit, petites
   Mouches de mes soleils noirs
   Et de mes nuits blanches. Vites,
   Partez, petits dêsespoirs,
   Petits espoirs, douleurs, joies,
   Que dès hier renia
   Mon coeur quêtant d'autres proies...
   Allez, aeigri somnia.
  
   SONNETS ET AUTRES VERS
  
   A la louange de Laure et de Pêtrarque.
   Chose italienne où Shakspeare a passê
   Mais que Ronsard fit superbement franèaise,
   Fine basilique au large diocèse,
   Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensê,
   Elle, ta marraine, et Lui qui t'a pensê,
   Dogme entier toujours debout sous l'exêgèse
   Même edmondschêresque ou francisquesarceyse,
   Sonnet, force acquise et trêsor amassê,
   Ceux-là sont très bons et toujours vênêrables,
   Ayant procurê leur luxe aux misêrables
   Et l'or fou qui sied aux pauvres glorieux,
   Aux poètes fiers comme les gueux d'Espagne,
   Aux vierges qu'exalte un rythme exact, aux yeux
   Épris d'ordre, aux coeurs qu'un voeu chaste accompagne.
  
   PIERROT
  
   A Lêon Valade.
   Ce n'est plus le rêveur lunaire du vieil air
   Qui riait aux aïeux dans les dessus de portes;
   Sa gaîtê, comme sa chandelle, hêlas! est morte,
   Et son spectre aujourd'hui nous hante, mince et clair.
   Et voici que parmi l'effroi d'un long êclair
   Sa pâle blouse à l'air, au vent froid qui l'emporte,
   D'un linceul, et sa bouche est bêante, de sorte
   Qu'il semble hurler sous les morsures du ver.
   Avec le bruit d'un vol d'oiseaux de nuit qui passe,
   Ses manches blanches font vaguement par l'espace
   Des signes fous auxquels personne ne rêpond.
   Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore,
   Et la farine rend plus effroyable encore
   Sa face exsangue au nez pointu de moribond.
  
   KALÉIDOSCOPE
  
   A Germain Nouveau.
   Dans une rue, au coeur d'une ville de rêve,
   Ce sera comme quand on a dêjà vêcu:
   Un instant à la fois très vague et très aigu...
   O ce soleil parmi la brume qui se lève!
   O ce cri sur la mer, celle voix dans les bois!
   Ce sera comme quand on ignore des causes:
   Un lent rêveil après bien des mêtempsycoses:
   Les choses seront plus les mêmes qu'autrefois
   Dans cette rue, au coeur de la ville magique
   Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
   Où les cafês auront des chats sur les dressoirs,
   Et que traverseront des bandes de musique.
   Ce sera si fatal qu'on en croira mourir:
   Des larmes ruisselant douces le long des joues,
   Des rires sanglotês dans le fracas des roues,
   Des invocations à la mort de venir,
   Des mots anciens comme des bouquets de fleurs fanêes!
   Les bruits aigres des bals publics arriveront,
   Et des veuves avec du cuivre après leur front,
   Paysannes, fendront la foule des traînêes
   Qui flânent là, causant avec d'affreux moutards
   Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
   Cependant qu'à deux pas, dans des senteurs d'urine,
   Quelque fête publique enverra des pêtards.
   Ce sera comme quand on rêve et qu'on s'êveille!
   Et que l'on se rendort et que l'on rêve encor
   De la même fêerie et du même dêcor,
   L'êtê, dans l'herbe, au bruit moirê d'un vol d'abeille.
  
   INTÉRIEUR
  
   A grands plis sombres une ample tapisserie
   De haute lice, avec emphase descendrait
   Le long des quatre murs immenses d'un retrait
   Mystêrieux où l'ombre au luxe se marie.
   Les meubles vieux, d'êtoffe êclatante flêtrie,
   Le lit entr'aperèu vague comme un regret,
   Tout aurait l'attitude et l'âge du secret,
   Et l'esprit se perdrait en quelque allêgorie.
   Ni livres, ni tableaux, ni fleurs, ni clavecins;
   Seule, à travers les fonds obscurs, sur des coussins,
   Une apparition bleue et blanche de femme
   Tristement sourirait-inquiêtant têmoin-
   Au lent êcho d'un chant lointain d'êpithalame.
   Dans une obsession de musc et de benjoin.
  
   DIZAIN MIL HUIT CENT TRENTE
  
   Je suis nê romantique et j'eusse êtê fatal
   En un frac très êtroit aux boutons de mêtal,
   Avec ma barbe en pointe et mes cheveux en brosse.
   Hablant español, très loyal et très fêroce,
   L'oeil idoine à l'oeillade et chargê de dêfis.
   Beautês mises à mal et bourgeois dêconfits
   Eussent bondê ma vie et soûlê mon coeur d'homme.
   Pâle et jaune, d'ailleurs, et taciturne comme
   Un enfant scrofuleux dans un Escurial...
   Et puis j'eusse êtê si fêroce et si loyal!
  
   A HORATIO
  
   Ami, le temps n'est plus des guitares, des plumes,
   Des crêanciers, des duels hilares à propos
   De rien, des cabarets, des pipes aux chapeaux
   Et de cette gaîtê banale où nous nous plûmes.
   Voici venir, ami très tendre, qui t'allumes
   Au moindre dê pipê, mon doux briseur de pots,
   Horatio, terreur et gloire des tripots,
   Cher diseur de jurons à remplir cent volumes,
   Voici venir parmi les brumes d'Elseneur
   Quelque chose de moins plaisant, sur mon honneur,
   Qu'Ophêlia, l'enfant aimable qui s'êtonne.
   C'est le spectre, le spectre impêrieux! Sa main
   Montre un but et son oeil êclaire et son pied tonne,
   Hêlas! et nul moyen de remettre à demain!
  
   SONNET BOITEUX
  
   A Ernest Delahaye.
   Ah! vraiment c'est triste, ah! vraiment èa finit trop mal.
   Il n'est point permis d'être à ce point infortunê.
   Ah! vraiment c'est trop la mort du naïf animal
   Qui voit tout son sang couler sous son regard fanê.
   Londres fume et crie. O quelle ville de la Bible!
   Le gaz flambe et nage et les enseignes sont vermeilles.
   Et les maisons dans leur ratatinement terrible
   Épouvantent comme un sênat de petites vieilles.
   Tout l'affreux passê saute, piaule, miaule et glapit
   Dans le brouillard rose et jaune et sale des sohos
   Avec des indeeds et des all rights et des hâos.
   Non vraiment c'est trop un martyre sans espêrance,
   Non vraiment cela finit trop mal, vraiment c'est triste:
   O le feu du ciel sur cette ville de la Bible!
  
   LE CLOWN
   A Laurent Tailhade.
  
   Bobèche, adieu! bonsoir, Paillasse! arrière, Gille!
   Place, bouffons vieillis, au parfait plaisantin,
   Place! très grave, très discret et très hautain,
   Voici venir le maître à tous, le clown agile.
   Plus souple qu'Arlequin et plus brave qu'Achille,
   C'est bien lui, dans sa blanche armure de satin;
   Vides et clairs ainsi que des miroirs sans tain,
   Ses yeux ne vivent pas dans son masque d'argile.
   Ils luisent bleus parmi le fard et les onguents,
   Cependant que la tête et le buste, êlêgants,
   Se balancent par l'arc paradoxal des jambes.
   Puis il sourit. Autour le peuple bête et laid,
   La canaille puante et sainte des Iambes,
   Acclame l'histrion sinistre qui la hait.
   Écrit sur l'Album de Mme N. de V.
   Des yeux tout autour de la tête
   Ainsi qu'il est dit dans Murger.
   Point très bonne, un esprit d'enfer
   Avec des rires d'alouette.
   Sculpteur, musicien, poète
   Sont ses hôtes. Dieux, quel hiver
   Nous passâmes! Ce fut amer
   Et doux. Un sabbat! Une fête!
   Ses cheveux, noir tas sauvage où
   Scintille un barbare bijou,
   La font reine et la font fantoche.
   Ayant vu cet ange pervers,
   "Oùsqu'est mon sonnet?" dit Arvers
   Et Chilpêric dit: "Sapristoche!"
  
   LE SQUELETTE
   A Albert Mêrat.
  
   Deux reîtres saouls, courant les champs, virent parmi
   La fange d'un fossê profond une carcasse
   Humaine dont la faim torve d'un loup fugace
   Venait de disloquer l'ossature à demi.
   La tête, intacte, avait ce rictus ennemi
   Qui nous attriste, nous ênerve et nous agace.
   Or, peu mystiques, nos capitaines Fracasse
   Songèrent (John Falstaff lui-même en eût frêmi)
   Qu'ils avaient bu, que tout vin bu filtre et s'êgoutte,
   Et qu'en outre ce mort avec son chef bêant
   Ne serait pas fâchê dêboire aussi, sans doute.
   Mais comme il ne faut pas insulter au Nêant,
   Le squelette s'êtant dressê sur son sêant
   Fit signe qu'ils pouvaient continuer leur route.
   A Albert Mêrat.
   Et nous voilà très doux à la bêtise humaine,
   Lui pardonnant vraiment et même un peu touchês
   De sa candeur extrême et des torts très lêgers
   Dans le fond qu'elle assume et du train qu'elle mène.
   Pauvres gens que les gens! Mourir pour Cêlimène,
   Épouser Angêlique ou venir de nuit chez
   Agnès et la briser, et tous les sots pêchês,
   Tel est l'Amour encor plus faible que la Haine!
   L'Ambition, l'Orgueil, des tours dont vous tombez,
   Le Vin, qui vous imbibe et vous tord imbibês,
   L'Argent, le Jeu, le Crime, un tas de pauvres crimes!
   C'est pourquoi, mon très cher Mêrat, Mêrat et moi,
   Nous êtant dêpouillês de tout banal êmoi,
   Vivons clans un dandysme êpris des seules Rimes!
  
   ART POÉTIQUE
   A Charles Morice.
  
   De la musique avant toute chose,
   Et pour cela prêfère l'Impair
   Plus vague et plus soluble dans l'air,
   Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
   Il faut aussi que tu n'ailles point
   Choisir tes mots sans quelque mêprise:
   Rien de plus cher que la chanson grise
   Où l'Indêcis au Prêcis se joint.
   C'est des beaux yeux derrière les voiles,
   C'est le grand jour tremblant de midi,
   C'est, par un ciel d'automne attiêdi,
   Le bleu fouillis des claires êtoiles!
   Car nous voulons la Nuance encor,
   Pas la Couleur, rien que la nuance!
   Oh! la nuance seule fiance
   Le rêve au rêve et la flûte au cor!
   Fuis du plus loin la Pointe assassine,
   L'Esprit cruel et le rire impur,
   Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
   Et tout cet ail de basse cuisine!
   Prends l'êloquence et tords-lui son cou!
   Tu feras bien, en train d'ênergie,
   De rendre un peu la Rime assagie.
   Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où?
   O qui dira les torts de la Rime!
   Quel enfant sourd ou quel nègre fou
   Nous a forgê ce bijou d'un sou
   Qui sonne creux et faux sous la lime?
   De la musique encore et toujours!
   Que ton vers soit la chose envolêe
   Qu'on sent qui fuit d'une âme en allêe
   Vers d'autres cieux à d'autres amours.
   Que ton vers soit la bonne aventure
   Éparse au vent crispê du matin
   Qui va fleurant la menthe et le thym...
   Et tout le reste est littêrature.
  
   LE PITRE
  
   Le trêteau qu'un orchestre emphatique secoue
   Grince sous les grands pieds du maigre baladin
   Qui harangue non sans finesse et sans dêdain
   Les badauds piêtinant devant lui dans la boue.
   Le plâtre de son front et le fard de sa joue
   Font merveille. Il pêrore et se tait tout soudain,
   Reèoit des coups de pieds au derrière, badin
   Baise au cou sa commère ênorme, et fait la roue.
   Ses boniments de coeur et d'âme, approuvons-les.
   Son court pourpoint de toile à fleurs et ses mollets
   Tournants jusqu'à l'abus valent que l'on s'arrête.
   Mais ce qui sied à tous d'admirer, c'est surtout
   Cette perruque d'où se dresse sur la tête,
   Preste, une queue avec un papillon au bout.
  
   ALLÉGORIE
   A Jules Valadon.
  
   Despotique, pesant, incolore, l'Étê,
   Comme un roi fainêant prêsidant un supplice,
   S'êtire par l'ardeur blanche du ciel complice
   Et bâille. L'homme dort loin du travail quittê.
   L'alouette, au matin, lasse n'a pas chantê.
   Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse.
   Ou ride cet azur implacablement lisse
   Où le silence bout dans l'immobilitê.
   L'âpre engourdissement a gagnê les cigales
   Et sur leur lit êtroit de pierres inêgales
   Les ruisseaux à moitiê taris ne sautent plus.
   Une rotation incessante de moires
   Lumineuses êtend ses flux et ses reflux...
   Des guêpes, èa et là volent, jaunes et noires.
  
   L'AUBERGE
   A Jean Morêas.
  
   Murs blancs, toit rouge, c'est l'Auberge fraîche au bord
   Du grand chemin poudreux où le pied brûle et saigne,
   L'Auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne.
   Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de passeport.
   Ici l'on fume, ici l'on chante, ici l'on dort.
   L'hôte est un vieux soldat, et l'hôtesse, qui peigne
   Et lave dix marmots roses et pleins de teigne,
   Parle d'amour, de joie et d'aise, et n'a pas tort!
   La salle au noir plafond de poutres, aux images
   Violentes, Maleck Adel et les Rois Mages,
   Vous accueille d'un bon parfum de soupe aux choux.
   Entendez-vous? C'est la marmite qu'accompagne
   L'horloge du tic-tac allêger de son pouls.
   Et la

Категория: Книги | Добавил: Armush (29.11.2012)
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