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Верлен Поль - Oeuvres complètes de Paul Verlaine, Vol. 1, Страница 11

Верлен Поль - Oeuvres complètes de Paul Verlaine, Vol. 1


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bsp; 
   Je ne sais rien.
  
   MYRTIL
  
   Et puisqu'en ce conflit où chacun se rebiffe
   Chloris aussi veut bien m'avoir pour hippogriffe
   De ses rêves devers la lune ou bien ailleurs,
   Me voici tout bridê, couvert d'ailleurs de fleurs
   Charmantes aux odeurs puissantes et divines
   Dont je sentirai tôt ou lard les êpines,
   (A Chloris)
   Madame, n'est-ce pas?
  
   CHLORIS
  
   Taisez-vous et m'aimez.
   Adieu, Sylvandre!
  
   ROSALINDE
  
   Adieu, Myrtil!
  
   MYRTIL, à Rosalinde.
  
   Est-ce à jamais?
  
   SYLVANDRE, à Chloris.
  
   C'est pour toujours!
  
   ROSALINDE
  
   Adieu, Myrtil!
  
   CHLORIS
  
   Adieu, Sylvandre!
   (Sortent Sylvandre et Rosalinde).
  
   SCÈNE VII
  
   MYRTIL, CHLORIS
  
   CHLORIS
  
   C'est donc que vous avez de l'amour à revendre
   Pour, le joug d'une amante irritêe êcartê,
   Vous tourner aussitôt vers ma faible beautê?
  
   MYRTIL
  
   Croyez-vous qu'elle soit à ce point offensêe?
  
   CHLORIS
  
   Qui? ma beautê?
  
   MYRTIL
  
   Non. L'autre...
  
   CHLORIS
  
   Ah!-J'avais la pensêe
   Bien autre part, je vous l'avoue, et m'attendais
   A quelque madrigal un peu compliquê, mais
   Sans doute, vous voulez parler de Rosalinde
   Et de courroux auquel son coeur crispê se guinde...
   N'en doutez pas, elle est vexêe horriblement.
  
   MYRTIL
  
   En êtes-vous bien sûre?
  
   CHLORIS
  
   Ah! èa, pour un amant
   Tout rêcemment êlu, sur sa chaude supplique
   Encore! et clans un tel concours mêlancolique
   Malgrê qu'un tant soit peu plaisant d'êvênements,
   Ne pouvez-vous pas mieux employer les moments
   Premiers de nos premiers amours, ô cher Thêsêe,
   Qu'à vous prêoccuper d'Ariane laissêe?
   -Mais taisons cela, quitte à plus lard en parler.-
   Eh oui, là je vous jure, à ne vous rien cêler,
   Que Rosalinde êprise encor d'un infidèle,
   Trêpigne, peste, enrage, et sa rancoeur est telle
   Qu'elle m'en a pris mon Sylvandre de dêpit.
  
   MYRTIL
  
   Et vous regrettez fort Sylvandre?
  
   CHLORIS
  
   Mal lui prit,
   Que je crois, de tomber sur votre ancienne amie?
  
   MYRTIL
  
   Et pourquoi?
  
   CHLORIS
  
   Faux naïf! je ne le dirai mie,
  
   MYRTIL
  
   Mais regrettez-vous fort Sylvandre?
  
   CHLORIS
  
   M'aimez-vous,
   Vous?
  
   MYRTIL
  
   Vos yeux sont si beaux, votre...
  
   CHLORIS
  
   Êtes-vous jaloux
   De Sylvandre?
  
   MYRTIL, très vivement.
  
   O oui!
   (Se reprenant.)
   Mais au passê, chère belle.
  
   CHLORIS
  
   Allons, un tel aveu, bien que tardif, s'appelle
   Une galanterie, et je l'admets ainsi
   Donc vous m'aimez?
  
   MYRTIL, distrait, après un silence.
  
   O oui!
  
   CHLORIS.
   Quel amoureux transi
   Vous seriez si d'ailleurs vous l'êtiez de moi!
  
   MYRTIL, même jeu que prêcêdemment.
   Douce
   Amie!
  
   CHLORIS
  
   Ah! que c'est froid! "Douce amie!" Il vous trousse
   Un compliment banal et prend un air vainqueur!
   J'aurai longtemps vos "oui" de tantôt sur le coeur.
  
   MYRTIL, indolemment.
  
   Permettez...
  
   CHLORIS
  
   Mais voici Rosalinde et Sylvandre.
   MYRTIL, comme rêveillê en sursaut.
   Rosalinde!
  
   CHLORIS
  
   Et Sylvandre. Et quel besoin de fendre
   Ainsi l'air de vos bras en faèon de moulin?
   Ils dêbusquent. Tournons vite le terre-plein
   Et vidons, s'il vous plaît, ailleurs celle querelle.
   (Ils sortent.)
  
   SCÈNE VIII
  
   SYLVANDRE, ROSALINDE
  
   SYLVANDRE
  
   Et voilà mon histoire en deux mots.
  
   ROSALINDE
  
   Elle est telle
   Que j'y lis à l'envers l'histoire de Myrtil.
   Par un pressentiment inquiet et subtil
   Vous redoutez l'amour qui venait et sa lèvre
   Aux baisers inconnus encore, et lui qu'enfièvre
   Le souvenir d'un vieil amour dêsenlacê,
   Stupide autant qu'ingrat, il a peur du passê,
   Et tous deux avez tort, allez Sylvandre.
  
   SYLVANDRE
  
   Dites
   Qu'il a tort...
  
   ROSALINDE
  
   Non, tous deux, et vous n'êtes pas quittes,
   Et tous deux souffrirez, et ce sera bien fait.
  
   SYLVANDRE
  
   Après tout je ne vois que très mal mon forfait,
   Et j'ignore très bien quel sera mon martyre.
   (Minaudant.)
   A moins que votre coeur...
  
   ROSALINDE
  
   Vous avez tort de rire.
  
   SYLVANDRE
  
   Je ne ris pas, je dis posêment d'une part
   Que je ne crois point tant criminel mon dêpart
   D'avec Chloris, coquette aimable mais sujette
   A caution, et puis, d'autre part, je projette
   D'être heureux avec vous qui m'avez bien voulu
   Recueillir quand brisê, dêsemparê, moulu,
   Bernê par ma maîtresse et plantê là par elle
   J'allais probablement me brûler la cervelle
   Si j'avais eu quelque arme à feu sous mes dix doigts.
   Oui je vais vous aimer, je le veux (je le dois
   En outre), je vais vous aimer à la folie...
   Donc, arrière regrets, dêpit, mêlancolie!
   Je serai votre chien fêal, ton petit loup
   Bien doux...
  
   ROSALINDE
  
   Vous avez tort de rire, encore un coup.
  
   SYLVANDRE
  
   Encore un coup, je ne ris pas. Je vous adore,
   J'idolâtre ta voix si tendrement sonore;
   J'aime vos pieds, petits à tenir dans la main,
   Qui font un bruit mignard et gai sur le chemin
   Et luisent, rêves blancs, sous les pompons des mules.
   Quand les grands yeux, de qui les astres sont êmules,
   Abaissent jusqu'à nous leurs aimables rayons,
   Comparable à ces fleurs d'êtê que nous voyons
   Tourner vers le soleil leur fidèle corolle,
   Lors je tombe en extase et reste sans parole,
   Sans vie et sans pensêe, êperdu, fou, hagard,
   Devant l'êclat charmant et fier de ton regard.
   Je frêmis à ton souffle exquis comme au veut l'herbe,
   O ma charmante, ô ma divine, ô ma superbe,
   Et mon âme palpite au bout de tes cils d'or...
   -A propos, croyez-vous que Chloris m'aime encor?
  
   ROSALINDE
  
   Et si je le pensais?
  
   SYLVANDRE
  
   Question saugrenue
   En effet!
  
   ROSALINDE
  
   Voulez-vous la vêritê bien nue?
  
   SYLVANDRE
  
   Non! Que me fait? Je suis un sot, et me voici
   Confus, et je vous aime uniquement.
  
   ROSALINDE
  
   Ainsi,
   Cela vous est êgal qu'il soit patent, palpable,
   Évident que Chloris vous adore...
  
   SYLVANDRE
  
   Du diable
   Si c'est possible! Elle! Elle! Allons donc!
   (Soucieux, tout à coup, à part.)
   Hêlas!
  
   ROSALINDE
  
   Quoi,
   Vous en doutez?
  
   SYLVANDRE
  
   Ce coeur volage suit sa loi,
   Elle leurre à prêsent, Myrtil...
   ROSALINDE, passionnêment.
   Elle le leurre.
   Dites-vous? Mais alors il l'aime!...
  
   SYLVANDRE
  
   Que je meure
   Si je comprends ce cri jaloux!
  
   ROSALINDE
  
   Ah! taisez-vous!
  
   SYLVANDRE
  
   Un trompeur! une folle!
  
   ROSALINDE
  
   Es-tu donc pas jaloux
   De Myrtil, toi, hein, dis?
  
   SYLVANDRE, comme frappê subitement d'une idêe douloureuse.
  
   Tiens! la fâcheuse idêe
   Mais c'est qu'oui! me voici l'âme tout obsêdêe...
  
   ROSALINDE, presque joyeuse
  
   Ah! vous êtes jaloux aussi, je savais bien!
  
   SYLVANDRE, à part.
  
   Feignons encor.
   (A Rosalinde.)
   Je vous jure qu'il n'en est rien
   Et si vraiment je suis jaloux de quelque chose,
   Le seul Myrtil du temps jadis en est la cause.
  
   ROSALINDE
  
   Trêve de compliments fastidieux. Je suis
   Très triste, et vous aussi. Le but que je poursuis
   Est le vôtre. Causons de nos deuils identiques.
   Des malheureux ce sont, il paraît, les pratiques,
   Cela, dit-on, console. Or nous aimons toujours
   Vous Chloris, moi Myrtil, sans espoir de retours
   Apparents. Entre nous la seule diffêrence
   C'est que l'on m'a trahie, et que votre souffrance
   A vous vient de vous-même et n'est qu'un châtiment.
   Ai-je tort?
  
   SYLVANDRE
  
   Vous lisez dans mon coeur couramment,
   Chère Chloris, je t'ai mêchamment mêconnue!
   Qui me rendra jamais la malice ingênue,
   Et la gaîtê si bonne, et ta grâce, et ton coeur?
  
   ROSALINDE
  
   Et moi, par un destin bien autrement moqueur,
   Je pleure après Myrtil infidèle...
  
   SYLVANDRE
  
   Infidèle!
   Mais c'est qu'alors Chloris l'aimerait. O mort d elle!
   J'enrage et je gêmis! Mais ne disiez-vous pas
   Tantôt qu'elle m'aimait encore.-O cieux, là-bas,
   Regardez, les voilà!
  
   ROSALINDE
  
   Qu'est-ce qu'ils vont se dire?
   (Ils remontent le thêâtre.)
  
   SCÈNE IX
  
   LES PRÉCÉDENTS, CHLORIS, MYRTIL
  
   CHLORIS
  
   Allons, encore un peu de franchise, beau sire
   Tênêbreux. Avouez votre cas tout à fait.
   Le silence, n'est-il pas vrai? vous êtouffait,
   Et l'obligation banale où vous vous crûtes
   D'imiter à tout bout de champ la voix des flûtes
   Pour quelque madrigal bien fade à mon endroit
   Vous êtouffait, ainsi qu'un pourpoint trop êtroit?
   Votre coeur qui battait pour elle dut me taire
   Par politesse et par prudence son mystère;
   Mais à prêsent que j'ai presque tout devinê,
   Pourquoi continuer ce mutisme obstinê?
   Parlez d'elle, cela d'abord sera sincère.
   Puis vous souffrirez moins, et, s'il est nêcessaire
   De vous intêresser aux souffrances d'autrui,
   J'ai besoin en retour de vous parler de lui.
  
   MYRTIL
  
   Et quoi, vous aussi, vous?
  
   CHLORIS
  
   Moi-même, hêlas! moi-même,
   Puis-je encore espêrer que mon bien-aimê m'aime?
   Nous êtions tous les deux, Sylvandre, si bien faits
   L'un pour l'autre! Quel sort jaloux, quel dieu mauvais
   Fit ce malentendu cruel qui nous sêpare?
   Hêlas! il fut frivole encor plus que barbare,
   Et son esprit surtout fit que son coeur pêcha.
  
   MYRTIL
  
   Espêrez, car peut-être il se repent dêjà,
   Si j'en juge d'après mes remords...
   (Il sanglote.)
   Et mes larmes.
   (Sylvandre et Rosine se pressent la main.)
  
   ROSALINDE, survenant.
  
   Les pleurs dêlicieux! Cher instant plein de charmes!
  
   MYRTIL
  
   C'est affreux!
  
   CHLORIS
  
   O douleur!
  
   ROSALINDE, sur la pointe du pied et très bas.
  
   Chloris!
  
   CHLORIS
  
   Vous êtiez là?
  
   ROSALINDE
  
   Le sort capricieux qui nous dêsassembla
   A remis, faisant trêve à son ire inhumaine,
   Sylvandre en bonnes mains, et je vous le ramène
   Jurant son grand serment qu'on ne l'y prendrait plus.
   Est-il trop tard?
  
   SYLVANDRE, à Chloris.
  
   O point de refus absolus!
   De grâce ayez pitiê quelque peu. La vengeance
   Suprême, c'est d'avoir un aspect d'indulgence,
   Punissez-moi sans trop de justice et daignez
   Ne me point accabler de traits plus indignês
   Que n'en mêritent,-non mes crimes,-mais ma tête
   Folle, mais mon coeur faible et lâche...
   (Il tombe à genoux.).
  
   CHLORIS
  
   Êtes-vous bête?
   Relevez-vous, je suis trop heureuse à prêsent
   Pour vous dire quoi que ce soit de dêplaisant,
   Et je jette à ton cou mes bras de lierre.
   Nous nous expliquerons plus tard (Et ma première
   Querelle et mon premier reproche seront pour
   L'air de doute dont tu reèus mon pauvre amour
   Qui, s'il a quelques tours êtourdis et frivoles,
   N'en est pas moins, par ses apparences folles,
   Quelque chose de tout dêvouê pour toujours).
   Donc, chassons ce nuage, et reprenons le cours
   De la charmante ivresse où s'exalta notre âme.
   (A Rosalinde.)
   Et quant à vous, soyez sûre, bonne Madame,
   De notre amitiê franche, et baisez votre soeur.
   (Les deux femmes s'embrassent.)
  
   SYLVANDRE
  
   O si joyeuse avec toute douceur!
   ROSALINDE, à Myrtil.
   Que diriez-vous, Myrtil, si je faisais comme elle?
  
   MYRTIL
  
   Dieu! elle a pardonnê, clêmente autant que belle.
   (A Rosalinde.)
   O laissez-moi baiser vos mains pieusement!
  
   ROSALINDE
  
   Voilà qui finit bien et c'est un cher moment
   Que celui-ci. Sans plus parler de ces tristesses,
   Soyons heureux.
   (A Chloris et à Sylvandre.)
   Sachez enlacer vos jeunesses.
   Doux amis, et joyeux que vous êtes, cueillez
   La fleur rouge de vos baisers ensoleillês.
   (Se tournant vers Myrtil.)
   Pour nous, amants anciens sur qui gronde la vie,
   Nous vous admirerons sans vous porter envie,
   Ayant, nous, nos bonheurs discrets d'après-midi,
   (Tous les personnages de la scène 1ère reviennent
   se grouper comme au lever du rideau)
   Et voyez, aux rayons du soleil attiêdi,
   Voici tous nos amis qui reviennent des danses
   Comme pour recevoir nos belles confidences.
  
   SCÈNE X
  
   Tous, groupês comme ci-dessus.
  
   MEZZETIN, chantant.
  
   Va! sans nul autre souci
   Que de conserver ta joie!
   Fripe les jupes de soie
   Et goûte les vers aussi.
   La morale la meilleure,
   En ce monde où les plus fous
   Sont les plus sages de tous,
   C'est encor d'oublier l'heure.
   Il s'agit de n'être point
   Mêlancolique et morose.
   La vie est-elle une chose
   Grave et ruelle à ce point?
   (La toile tombe.)
  
   VERS JEUNES
  
   LE SOLDAT LABOUREUR
  
   A Edmond Lepelletier.
   Or ce vieillard êtait horrible: un de ses yeux,
   Crevê, saignait, tandis que l'autre, chassieux,
   Brutalement luisait sous son sourcil en brosse;
   Les cheveux se dressaient d'une faèon fêroce,
   Blancs, et paraissaient moins des cheveux que des crins;
   Le vieux torse solide encore sur les reins,
   Comme au ressouvenir des balles affrontêes,
   Cambrê, contrariait les êpaules voûtêes;
   La main gauche avait l'air de chercher le pommeau
   D'un sabre habituel et dont le long fourreau
   Semblait, s'embarrassant avec la sabretache,
   Gêner la marche et vers la tombante moustache
   La main droite parfois montait, la rebroussant.
   Il êtait grand et maigre et jurait en toussant.
   Fils d'un garèon de ferme et d'une lavandière,
   Le service à seize ans le prit. Il fit entière
   La campagne d'Égypte. Austerlitz, Iêna,
   Le virent. En Espagne un moine l'êborgna:
   -Il tua le bon père et lui vola sa bourse,-
   Par trois fois traversa la Prusse au pas de course,
   En Hesse eut une entaille êpouvantable au cou,
   Passa brigadier lors de l'entrêe à Moscou,
   Obtint la croix et fut de toutes les dêfaites
   D'Allemagne et de France, et gagna dans ces fêtes
   Trois blessures, plus un brevet de lieutenant
   Qu'il rêsigna bientôt, les Bourbons revenant,
   A Mont-Saint-Jean, bravant la mort qui l'environne.
   Dit un mot analogue à celui de Cambronne;
   Puis, quand pour un second exil et le tombeau,
   La Redingote grise et le petit Chapeau
   Quittèrent à jamais leur France tant aimêe
   Et que l'on eut, hêlas! dissout la grande armêe,
   Il revint au village, êtonnê du clocher.
   Presque forcê pendant un an de se cacher,
   Il braconna pour vivre, et quand des temps moins rudes
   L'eurent, sans le rêduire à trop de platitudes,
   Mis à même d'êcrire en hauts lieux à l'effet
   D'obtenir un secours d'argent qui lui fut fait,
   Logea moyennant deux cents francs par an chez une
   Parente qu'il avait, dont toute la fortune
   Consistait en un champ cultivê par ses fieux,
   L'un mariê depuis longtemps et l'autre vieux
   Garèon encore, et là notre foudre de guerre
   Vivait, et bien qu'il fût tout le jour sans rien faire
   Et qu'il eût la charrue et la terre en horreur,
   C'êtait ce qu'on appelle un soldat laboureur.
   Toujours levê des l'aube et la pipe à la bouche
   Il allait et venait, engloutissait, farouche,
   Des verres d'eau-de-vie et parfois s'enivrait,
   Les dimanches tirait à l'arc au cabaret,
   Après dîner faisait un quart d'heure sans faute
   Sauter sur ses genoux les garèons de son hôte
   Ou bien leur apprenait l'exercice et comment
   Un bon soldat ne doit songer qu'au fourniment.
   Le soir il voisinait, tantôt pinèant les filles,
   Habitude un peu trop commune aux vieux sondrilles,
   Tantôt, geste ample et voix forte qui dominait
   Le grillon incessant derrière le chenêt,
   Assis auprès d'un feu de sarments qu'on entoure
   Confusêment disait l'Elster, l'Estramadoure,
   Smolensk, Dresde, Lutzen et les ravins vosgeois
   Devant quatre ou cinq gars attentifs et narquois
   S'exclamant et riant très fort aux endroits farces.
   Canonnade compacte et fusillade êparse,
   Chevaux êventrês, coups de sabre, prisonniers
   Mis à mal entre deux batailles, les derniers
   Moments d'un officier ajustê par derrière,
   Qui se souvient et qu'on insulte, la barrière
   Clichy, les alliês jetês au fond des puits,
   La fuite sur la Loire et la maraude, et puis
   Les femmes que l'on force après les villes prises,
   Sans choix souvent, si bien qu'on a des mèches grises
   Aux mains et des dêgoûts au coeur après l'êbat
   Quand passe le marchef ou que le rappel bat,
   Puis encore, les camps levês et les dêroutes.
   Toutes ces gaîtês, tous ces faits d'armes et toutes
   Ces gloires dêfilaient en de longs entretiens,
   Entremêlês de gros jurons très peu chrêtiens
   Et de grands coups de poing sur les cuisses voisines.
   Les femmes cependant, soeurs, mères et cousines,
   Pleuraient et frêmissaient un peu, conformêment
   A l'usage, tout en se disant: "Le vieux ment."
   Et les hommes fumaient et crachaient dans la cendre.
   Et lui qui quelquefois voulait bien condescendre
   &nbs

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